Auteurs

Bruneau Antoine* (Service de pharmacie, Hôpital Saint-Louis, AP-HP, Paris, France) | Madelaine Isabelle (Service de pharmacie, Hôpital Saint-Louis, AP-HP, Paris, France)

Présenté par: Bruneau Antoine




Introduction

Le pronostic des hémopathies malignes tend à lentement s’améliorer suite au développement des biothérapies : anticorps monoclonaux, thérapies cellulaires et géniques. Les chimiothérapies cytotoxiques restent cependant le principal traitement, bien que potentiellement responsables de toxicités, nécessitant une réévaluation et une adaptation régulières des posologies. Parmi les plus prescrites, les anthracyclines et les vinca-alcaloïdes sont principalement métabolisées par le foie, impliquant une adaptation des doses à la fonction hépatique.

L’objectif de ce travail est d’évaluer la conformité des prescriptions de ces chimiothérapies en cas de perturbations du bilan hépatique.

 

Matériels et méthodes

Une étude rétrospective a été réalisée entre janvier et avril 2019 portant sur des prescriptions de chimiothérapies chez des patients atteints d’hémopathies malignes et hospitalisés à l’hôpital Saint-Louis, AP-HP, Paris. Les données ont été collectées via le logiciel CHIMIO® et les comptes rendus médicaux et biologiques (datant de moins de trois semaines). La conformité des prescriptions était évaluée par comparaison des doses prescrites à celles recommandées dans les Résumés des Caractéristiques des Produits (RCP) en cas de perturbation du bilan hépatique (bilirubinémie et transaminases sériques principalement).

 

Résultats

Au total, 429 prescriptions ont été analysées (208 anthracyclines, 221 vinca-alcaloïdes), correspondant à 136 patients (âge moyen 51 ans, 49 femmes, 87 hommes). Les données biologiques nécessaires ont pu être collectées pour 396 prescriptions (92,3%).

Parmi elles, le bilan hépatique ne nécessitait pas d’adapter les doses dans 384 cas (97%), tandis que 12 prescriptions (10 pour lymphomes non hodgkiniens, 1 pour maladie de Hodgkin, 1 pour Syndrome d’Activation Macrophagique (SAM)) nécessitaient une adaptation posologique (3%). Les molécules concernées étaient : la doxorubicine (9 prescriptions), la doxorubicine liposomale pégylée (2 prescriptions) et la vincristine (1 prescription).

Les 12 prescriptions (correspondant à 9 patients) n’ont pas été adaptées à la fonction hépatique (100%), les doses n’ayant pas été réduites. La tolérance au traitement a été jugée bonne dans 10 cas (83,3%), un patient est entré en aplasie fébrile (8,3%) et un est décédé des suites de son SAM (8,3%).

 

Discussion/Conclusion

Durant l’hospitalisation, le suivi biologique fréquent permet de disposer d’un bilan hépatique pour plus de 90% des prescriptions. Seuls 3% de ces bilans hépatiques présentent des perturbations nécessitant d’adapter les posologies des chimiothérapies. Cependant, aucune dose n’a été réduite : 100% des prescriptions ne sont ainsi pas adaptées en cas de perturbations hépatiques.

En outre, les RCP ne sont pas strictement respectées en hématologie, où sont traitées des pathologies pour lesquelles le bénéfice potentiel d’une chimiothérapie à pleine dose apparaît comme plus important que le risque potentiel de toxicité. La tolérance est alors évaluée dans un second temps. Il reste nécessaire, en tant que pharmaciens, de rappeler la nécessité d’adaptation des posologies, notamment pour des valeurs élevées de bilirubinémie et de transaminases sériques.



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